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5 millions de Marocains souffrent de soif

 

L’information est presque passée inaperçue et pourtant elle est de taille : près de 600 camions-citernes sillonnent depuis quelque temps des villages et bourgades pour atténuer, tant bien que mal, l’impact de la sécheresse.

8 août 2005.

Ces engins qui proviennent à part égale du Secrétariat d’Etat à l’Eau, des ministères de l’Agriculture et de l’Intérieur sont spécialement dédiés à l’eau potable en cas de sécheresse. Ils sont confiés aux gouverneurs qui jouent un peu le rôle de pompiers en affectant ces quantités d’eau potable selon les besoins de chaque village. La distribution ne se fait pas sans problèmes. Près de 5 millions de ruraux ne sont toujours pas desservis par l’eau potable. Ces populations veulent plus qu’une opération de sauvetage. Dans certains villages, les habitants se sont érigés contre la gestion faite par leurs gouverneurs de l’eau qui leur est destinée.

Les régions les plus touchées forment un croissant d’Oujda à Agadir. Il s’agit principalement des zones attenantes aux chaînes montagneuses du Rif et de l’Atlas orientaux. Les régions d’Oujda, Rachidia, Ouarzazate, Figuig, Bouarfa et Marrakech sont touchées avec acuité. Quand il y a sécheresse, comme c’est le cas cette année, elles accusent une baisse de 30% d’une pluviométrie qui ne dépasse pas les 300 mm. Ce qui ramène celle-ci à moins de 200 mm, une quantité qui ne permet aucun type de culture, encore moins un approvisionnement régulier en eau potable.

A la Direction de la Météorologie nationale, on parle d’une année sinistrée. Toutes les régions du pays sont déficitaires en pluies à l’exception de la région qui s’étend de Guelmim à Dakhla qui est excédentaire. En effet, les pluies cumulées du 1er septembre 2004 au 1er août 2005 ont enregistré à Larache, par exemple, un déficit de 54% et de 42% à Beni Mellal.

Cela rend encore difficile la tâche du Secrétariat d’Etat chargé de l’Eau. Selon Mehdi Benzekri, son secrétaire général, un village n’a pas accès à l’eau potable quand les puits et sources d’eau se trouvent à plus d’un kilomètre à la ronde. C’est dans ces régions que les camions-citernes interviennent pour rapprocher l’eau potable de la population. Aujourd’hui, 40% de la population rurale n’a pas accès à cette importante denrée. Pire encore, 10% de cette population ne verra jamais ce problème réglé. Il s’agit généralement d’habitats dispersés ou perchés dans les montagnes.

Pour les 30 % restants, le secrétariat d’Etat se fixe l’année 2007 pour venir à bout du problème d’accès à l’eau potable. Ce n’est qu’en 1993 que le gouvernement s’est rendu compte que ce dernier était plus pressant que la sécheresse elle-même. En effet, les gens ont d’abord besoin de boire pour se préoccuper d’autre chose. Dans le temps, 14% seulement de la population rurale avait convenablement accès à l’eau potable. Le reste s’approvisionnait à partir de ressources non-conformes à la norme nationale et qui sont à l’origine des maladies hydriques.

C’est alors qu’en 1995, le Programme d’approvisionnement groupé en eau potable des populations Rurales (Pager), doté de 10 milliards de DH, a visé de porter ce pourcentage à 80% en 2013. Mais après son arrivée à la tête du gouvernement, Driss Jettou a décidé de porter ce pourcentage à 90% et de réduire le deadline à 2007. Ainsi, pour plus de souplesse dans l’exécution du programme et pour augmenter la cadence, le projet a été confié en 2004 à l’Office national de l’eau potable (Onep).

Le prochain objectif est d’arriver à desservir 70% à la fin de cette année, le rythme étant de 10% par an. Pour Benzekri, “c’est la première fois que l’on va pouvoir régler ce problème en mettant en place des ouvrages qui ne sont pas influencés par la sécheresse”. En effet, il s’agit de la réalisation de puits, de forages ou de bornes-fontaines destinés à une utilisation collective. En général, un puit est destiné à un village qui compte entre 200 et 1.000 personnes.

Par L’Economiste

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